DOUCEUR FELINE

Posté par sylvie le 21 février 2018

Rien n’est plus doux,

Rien ne donne à la peau  une sensation

Plus délicate,

Plus raffinée

Plus rare

Que la robe tiede et  vibrante d’un chat.

GUY DE MAUPASSANT

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AU BORD DE LA MER

Posté par sylvie le 19 novembre 2017

AU BORD DE LA MER

Près de la mer, sur un de ces rivages
Où chaque année, avec les doux zéphyrs,
On voit passer les abeilles volages
Qui, bien souvent, n’apportent que soupirs,
Nul ne pouvait résister à leurs charmes,
Nul ne pouvait braver ces yeux vainqueurs
Qui font couler partout beaucoup de larmes
Et qui partout prennent   beaucoup de coeurs
Quelqu’un pourtant se riait de leurs chaînes,
Son seul amour, c’était la liberté,
Il méprisait l’Amour et la Beauté.
Tantôt, debout sur un roc solitaire,
Il se penchait sur les flots écumeux
Et sa pensée, abandonnant la terre
Semblait percer les mystères des cieux.
Tantôt, courant sur l’arène marine,
Il poursuivait les grands oiseaux de mer,
Imaginant sentir dans sa poitrine
La Liberté pénétrer avec l’air.
Et puis le soir, au moment où la lune
Traînait sur l’eau l’ombre des grands rochers,
Il voyait à travers la nuit brune
Deux yeux amis sur sa face attachés.
Quand il passait près des salles de danse,
Qu’il entendait l’orchestre résonner,
Et, sous les pieds qui frappaient en cadence
Quand il sentait la terre frissonner
Il se disait: Que le monde est frivole!”
Qu’avez-vous fait de votre liberté!
Ce n’est pour vous qu’une vaine parole,
Hommes sans coeur, vous êtes sans fierté!
Pourtant un jour, il y porta ses pas
Ce qu’il y vit, je ne le saurais dire
Mais sur les monts il ne retourna pas.

GUY DE MAUPASSANTSUBLIME IMAG

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LE SEMEUR

Posté par sylvie le 16 mai 2017

Saison des semailles. Le soir

C’est le moment crépusculaire.
J’admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s’éclaire
La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence,
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,
L’ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur.

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VICTOR HUGO

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SAISON DES SEMAILLES

Posté par sylvie le 2 octobre 2016

C’est le moment crépusculaire,

J’admire assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s’éclaire

La dernière heure du travail.

 

Dans les terres, de nuit baignées,

Je contemple, ému, les haillons

D’un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.

 

Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours.

 

Il marche dans la plaine immense

 

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                                      Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main et recommence,

Et je médite, obscure témoin,

 

Pendant que déployant ses voiles,

L’ombre, où se mêle une rumeur,

Semble élargir jusqu’aux étoiles

Le geste auguste du semeur…

 

VICTOR HUGO

c'est le moment

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ET LA MER ET L’AMOUR

Posté par sylvie le 22 décembre 2015

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

P. MARBOEUF

 

 

SUPERBE IMAGE DE MER

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LA MER EST PLUS BELLE

Posté par sylvie le 19 octobre 2015

La mer est plus belle
Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de râles,
La mer sur qui prie
La Vierge Marie !

Elle a tous les dons
Terribles et doux.
J’entends ses pardons
Gronder ses courroux.
Cette immensité
N’a rien d’entêté.

Oh ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
» Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance !  »

Et puis sous les cieux
Qui s’y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Roses, gris et verts…
Plus belle que tous,
Meilleure que nous !

PAUL VERLAINE

vague

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LES YEUX

Posté par sylvie le 31 janvier 2015

LES YEUX
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux

Et le soleil se lève encore.
Les nuits plus douces que les jours

Ont enchanté des yeux sans nombre ;

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d’ombre.
Oh! qu’ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n’est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu’on nomme l’invisible ;
Et comme les astres penchants,

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants,

Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l’autre côté des tombeaux

Les yeux qu’on ferme voient encore.

 

SULLY PRUDHOMME

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REVE D’AUTOMNE

Posté par sylvie le 23 septembre 2014

Rêve d’automne   

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !

Feuillages jaunissants sur les gazons épars !

Salut, derniers beaux jours !

le deuil de la nature

Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,

J’aime à revoir encore, pour la dernière fois,

Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière

Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire

, A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,

C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire

Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,

Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui

Je me retourne encore et d’un regard d’envie

Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !

Peut-être l’avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ?

Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore

Aurait compris mon âme et m’aurait répondu ? …

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr ;*

A la vie, au soleil, ce sont là mes adieux ;

Moi, je meurs et mon âme au moment qu’elle expire,

S’exhale comme un son triste et mélodieux.

Alphonse de Lamartine (« Méditations poétiques » – 1920)

foret en automne

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DANGER D’ALLER DANS LES BOIS

Posté par sylvie le 13 septembre 2014

Danger d’aller dans les bois

Ne te figure pas, ma belle,

Que les bois soient pleins d’innocents.

La feuille s’émeut comme l’aile

Dans les noirs taillis frémissants ;

L’innocence que tu supposes

Aux chers petits oiseaux bénis

N’empêche pas les douces choses

Que Dieu veut et que font les nids.

Les imiter serait mon rêve ;

Je baise en songe ton bras blanc ;

Commence ! dit l’Aurore. –

Achève ! Dit l’étoile. Et je suis tremblant.

Toutes les mauvaises pensées,

Les oiseaux les ont, je les ai,

Et par les forêts insensées

Notre coeur n’est point apaisé.

Quand je dis mauvaises pensées

Tu souris… – L’ombre est pleine d’yeux,

Vois, les fleurs semblent caressées

Par quelqu’un dans les bois joyeux. -

Viens ! l’heure passe. Aimons-nous vite !

Ton coeur, à qui l’amour fait peur,

Ne sait s’il cherche ou s’il évite

Ce démon dupe, ange trompeur.

En attendant, viens au bois sombre.

Soit. N’accorde aucune faveur.

Derrière toi, marchant dans l’ombre,

Le poëte sera rêveur ;

Et le faune, qui se dérobe,

Regardera du fond des eaux

Quand tu relèveras ta robe

Pour enjamber les clairs ruisseaux.

 

VICTOR HUGO

foret en automne

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LES VIEUX

Posté par sylvie le 6 août 2014

 LES VIEUX

 

lesvieux.gif

Ils ne parlent plus Ou seulement , parfois , du bout des yeux

Ils sont pauvres , toutes illusions perdues

Leur seul trésor : un cœur pour deux

Chez eux , ça sent le thym , le propre et la lavande

Et l’on retrouve le verbe d’antan

Qu’importe ou l’on se trouve

, on vit tous en province quand in vit trop longtemps

Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d’hier

Que d’avoir trop pleuré que des larmes encore leurs perlent aux paupières

S’ils tremblent un peu , est-ce de voir vieillir la pendule d’argent

Qui ronronne au salon , qui dit oui, qui dit non , qui dit je vous attends

Les vieux ne rêvent plus , leur livre et leur piano sont refermés

Le petit chat est mort , le muscat du dimanche ne les fait plus chanter

Les vieux ne bougent plus , leurs gestes ont trop de rides

Leur monde est trop petit

Du lit à la fenêtre , puis du lit au fauteuil et pour finir , du lit au lit

Et s’ils sortent encore , bras dessus bras dessous , tout habillés de raide

C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux

, l’enterrement d’une plus laide

Et le temps d’un sanglot , oublier toute une heure la pendule d’argent

t Qui ronronne au salon , qui dit oui, qui dit non , qui dit je vous attends

Les vieux ne meurent pas , ils s’endorment un jour et dorment trop lontemps

Ils se tiennent la main , ils ont peur de se perdre , et se perdent pourtant

Et l’autre reste là , le meilleur ou le pire , le doux ou le sévère

Cela n’importe pas , celui des deux qui reste se retrouve en enfer

Vous le verrez peut-être , vous le verrez parfois , en pleur et en chagrin traverser le présent

En s’excusant déjà de n’être pas plus loin

Essuyant devant vous , une dernière fois la pendule d’argent

Qui ronronne au salon , qui dit oui, qui dit non , qui leur dit « je t’attends »

Qui ronronne au salon , qui dit oui, qui dit non , et puis qui nous attend::

JACQUES BREL

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